Définition et propriétés du cross-linking

Le cross-linking du collagène cornéen est une nouvelle approche thérapeutique en ophtalmologie vétérinaire. Son principe consiste à renforcer le stroma cornéen préalablement imprégné de riboflavine (vitamine B2) en l’irradiant par un rayonnement UV-A. La molécule de riboflavine est photo-activée par les UV-A donnant lieu à des radicaux libres oxygénés qui la stabilisent en créant des liaisons covalentes avec les fibrilles de collagène. Outre les propriétés biomécaniques, le renforcement stromal est également enzymatique par la gêne stérique indirecte affectant les sites d’actions des collagénases.

Sa mise en œuvre depuis une quinzaine d’année en ophtalmologie humaine s’est accélérée avec le développement de la chirurgie cornéenne réfractive. Les indications concernent principalement l’ectasie cornéenne post-laser, le kératocône et la dégénérescence pellucide marginale. Plus récemment et suite à l’activité antimicrobienne démontrée sous conditions expérimentales, son utilisation a été élargie aux kératites infectieuses (bactériennes, fongiques) avec des résultats prometteurs.

Les premiers résultats en ophtalmologie vétérinaire ont démontré son efficacité dans le cadre du traitement des ulcères à collagénases (ou kératomalacie) chez le chien comme chez le chat.

 

Réalisation pratique

Facile à réaliser, le traitement se pratique sous anesthésie générale sans être aussi invasif qu’une chirurgie cornéenne. En effet, s’il est encore présent, seul l’épithélium cornéen est débridé sur la zone à traiter. La riboflavine est instillée toutes les 2 min pendant 30 min de façon à bien imprégner le stroma cornéen. Selon les cas, cette phase d’imbibition peut être réduite à 5 min grâce à un courant électrique (iontophorèse). Les UV-A sont focalisés sur la zone de traitement et appliqués pendant 3 min à raison de 30 mW/cm2 (protocole rapide).

Le traitement post-opératoire est significativement réduit. Un effet antalgique est constaté 48h après traitement. La cicatrisation épithéliale est obtenue entre une à deux semaines de même que la régression de l’infiltrat cellulaire. Une néovascularisation, plus marquée chez le chien, se tarit au cours du premier mois. Elle peut s’accompagner d’une pigmentation superficielle chez certaines races brachycéphales. La fibrose cornéenne observée deux mois après traitement reste très discrète dans la majorité des cas. Aucune complication majeure n’a été observée si l’épaisseur cornéenne est suffisante en début de traitement (300 µm).

Perspectives thérapeutiques

Si un prélèvement bactériologique et la mise en œuvre d’un antibiogramme n’en restent pas moins incontournables, le traitement en première intention des ulcères à collagénases par cross-linking permet un renforcement rapide du stroma limitant le risque de perforation cornéenne. La réalisation d’une greffe cornéenne reste possible par la suite en cas de déficit en épaisseur ou d’une perte de transparence cicatricielle.

Les propriétés physico-chimiques et antimicrobiennes de ce traitement permettent une diminution drastique des traitements post-opératoires, tout particulièrement des antibiotiques, très appréciable dans le contexte actuel.

Les propriétés rhéologiques du stroma cornéen après traitement par cross-linking permettent d’envisager son application dans la kératopathie bulleuse du chien (ulcères superficiels par décompensation endothéliale) et du chat (dysimmunitaire).